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SÉVÈRE.

Tu en as menti ! Eh bien, puisque tu le prends comme ça, j’en dirai encore plus. Je dirai qu’à présent tu nies que je t’aie rendu service, parce que, selon toi, la Mariette est affolée de ta personne. Oui, Mariette, il dit que je vous ai trompée, et que la Madeleine est une honnête femme, que le champi a été votre amant et non pas le sien, et il n’a point le cœur de chercher querelle à ce champi, qui, à son dire, vous fait l’affront de vous abandonner après vous avoir séduite ; et il dit encore que, si vous n’avez point été sage, il s’en consolera bien avec votre dot. Mais, moi, de si vilains sentiments me révoltent, à la fin ; je ne veux point que vous soyez trompée comme je l’ai été par ce petit serpent-là ; je le croyais un bon enfant, bien amoureux de vous ; mais renvoyez-moi ça, tout de suite, car j’aimerais mieux vous voir mariée avec le champi qu’avec un sujet si traître, si poltron et si intéressé.


JEAN, faisant le geste d’ôter son chapeau.

Merci, ma tante ! allons, vous avez dit le tout, et le restant avec. À présent, voulez-vous me laisser plaider, Mariette ?


MARIETTE.

Mon jugement est tout porté ; mais parlez, Jean, afin que je sache lequel, de vous ou de votre tante, est le plus haïssable.


JEAN.

D’abord, le commencement de ce qu’elle a dit est faux, le milieu aussi et la fin de même. Je m’accuserai dans les choses où je suis fautif, et c’est à cela, Mariette, que vous connaîtrez si je dis la vérité. Premièrement, je n’ai jamais été trouver ma tante pour me faire présenter à vous ; je ne pensais point au mariage, c’est elle qui m’a mis ça dans la tête ; mais, à la voir si empressée de vous faire épouser, je me méfiais de votre conduite ! Oh ! dame ! je dis tout, moi, vous voyez. Diantre ! ce n’est pas tout d’être riche et jolie, c’est bien quelque chose, mais je ne suis pas si sot que de vouloir me passer de l’honnêteté. (À part.) Ah ! diantre non ! (Haut.) J’avais une idée contre ce beau meunier, qui était dans la maison, et alors…