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cela à mon défunt mari. Je croyais que toute une vie de raison, de chagrins et d’honnêteté m’avait acquis le droit d’être respectée ; mais, puisque la méchanceté n’épargne personne, prenons cela en patience comme le reste. Allons, retourne faire engranger la récolte, et ne te fatigue point ; surtout ne t’afflige point à cause de moi, j’en ai bien supporté d’autres !… et si ma pauvre Mariette ne veut point revenir à la raison, c’est à moi de te chercher une jeune, belle et bonne femme, et nous la trouverons bien, pauvre enfant ; va, nous la trouverons bien !

Elle rentre dans sa chambre.




Scène III



FRANÇOIS, seul.

Je n’oserai jamais lui dire ce que j’ai dans le cœur… Je n’ai plus mon franc parler avec elle, moi qui étais si heureux de l’aimer, quand je croyais ne pas tant l’aimer !… C’était toute ma consolation de penser à elle, et maintenant, c’est tout malheur et tout désarroi !… Allons ! ne m’aimez point, Madeleine ! c’est bien assez de ce que vous avez fait pour moi, et je n’ai point droit de vous en demander plus ; vous m’avez connu trop enfant et trop misérable, je vous ai été trop longtemps un sujet de compassion et une cause de chagrin ; à cette heure, vous ne sauriez avoir de moi ni joie ni fierté.

Il met sa tête dans ses mains.




Scène IV


JEAN BONNIN, entrant furtivement ; FRANÇOIS.




JEAN, parlant à lui-même.

Oh ! ma fine, je l’ai bien dépistée, ma grosse tante ; elle voulait me tourmenter, mais ça ne sera pas encore pour aujourd’hui : j’ai attrapé la passerelle, j’ai sauté dans les vignes, et elle n’osera point venir me relancer jusqu’ici. (Apercevant