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laines choses, et personne ne voudrait plus vous épouser. Mariez-vous donc, et prenez celui que je vous conseille.


MARIETTE.

C’est dit, je vous donne ma parole ; allez chercher votre neveu, Sévère, et qu’il vienne tout de suite ici faire sa demande.


SÉVÈRE.

C’est ça ; courage, mon enfant ! voilà comment il faut mener les affaires !

Elle sort par le fond ; Mariette remonte à sa chambre.




Scène IX



FRANÇOIS, seul.

Oh ! j’en ai lourd comme un rocher sur le cœur ! Oh ! méchante ! méchante Sévère ! Et cette petite jeunesse de Mariette qui croit à cela !… Mon Dieu, que le monde est vilain, et que les cœurs sont injustes !… (Il s’assied.) Est-ce que je serais devenu fou ? Où diantre la Mariette a-t-elle pris que j’étais amoureux d’elle ? Mais Madeleine !… dire que je me permets d’être amoureux de celle-là… Par exemple, faut avoir une insolence ! Et pourtant, M. Blanchet m’a renvoyé par jalousie ! est-ce possible ? Oser dire qu’il m’a frappé ! ah ! je n’avais pas dix-sept ans, mais je l’aurais mis en menus morceaux ! Ah ! pauvre chère femme (se levant), quand j’ai été petit, on t’a tourmentée à cause du pain que tu me faisais manger ;… quand j’ai été grand, on t’a offensée et humiliée pour l’honnête amitié que tu me portais ! J’ai toujours été pour toi une cause de dommage et de chagrin ! Mon Dieu, ces idées-là me troublent la tête, et je suis comme si je marchais sur un brasier !… j’en ai comme de la honte, comme de la colère, comme de la peine… et je ne sais quoi encore qui fait que le cœur me saute, comme si j’étais content… Être le mari de Madeleine ! et pourtant, elle m’a bien aimé comme son enfant, et ça, c’est la plus grande et la plus belle des amitiés qu’une femme puisse donner ; les autres ne viennent qu’a-