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pour le bon motif ; car vous êtes riche, et vous pourriez vous passer d’être belle, avec les prétendants que la Sévère vous présente à choisir ; mais ça flatte toujours d’être courtisée et louangée, et, pour ce plaisir-là, vous ne craignez pas de faire à Madeleine un chagrin qui lui fend le cœur.


MARIETTE.

Madeleine ! Madeleine ! pourquoi me parlez-vous de Madeleine ? Elle sait bien que je ne songe point à la chagriner ; mais vous, si vous avez du déplaisir, dites-le, et je verrai ce que j’ai à répondre. Pourquoi est-ce que vous fourrez toujours ma belle-sœur là dedans ?

Elle se lève.

FRANÇOIS.

Mariette, il ne manque pas de gens qui aimeraient à vous persuader à leur profit ; mais, quant à moi, je ne saurais le faire au détriment de l’amitié que vous devez à Madeleine.


MARIETTE.

Toujours Madeleine ! Elle a ses raisons pour m’empêcher de me marier.


FRANÇOIS.

Oh ! fi ! demoiselle, voilà la Sévère qui parle par votre bouche. Eh bien, et vous dis, moi, que Madeleine vous aime plus que vous ne méritez ; la pauvre chère âme ne sait que se désoler, et, vous connaissant précipiteuse et combustible comme votre défunt frère, elle craint d’augmenter le mal en vous contrariant ; elle espère que, de vous-même, vous vous dégoûterez de son ennemie ; mais, puisque vous n’avez pas le cœur de blâmer ce qui est méprisable, Madeleine devrait vous arrêter au penchant de votre perdition.


MARIETTE

Oui-da, et pardi, on va obéir comme un enfant de deux ans aux volontés d’une belle-sœur ! Dirait-on pas que je lui dois soumission ? Et où prend-elle que je perds mon honneur ? Dites-lui, s’il vous plaît, qu’il est aussi bien agrafé que le sien, et peut-être, mieux. Je sais qu’en allant chez la Sévère je n’y fais point de mal, et cela me suffit.