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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/170

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tiennement toute la nuit ; et mademoiselle Mariette veillera sa belle-sœur ; je t’en réponds, j’y aurai l’œil.


CATHERINE.

Oh ! ça fâcherait peut-être madame Blanchet. Elle craint de contrarier cette petite ; et, d’ailleurs, il faut la veiller malgré elle.


FRANÇOIS.

Fais ce que je te dis. Vois-tu, Catherine, il faut m’obéir pour un peu de temps. Quand tout ira bien ici, tu me commanderas à ton tour.


CATHERINE.

Allons, je ne sais pas comment ça se fait, mais tu parais avoir si bonne tête et si bon cœur, que le commandement soit ton droit.

Elle sort.




Scène XV



FRANÇOIS, seul.

Il va devant la crédence et l’ouvre. D’abord, je vas me débarrasser de ma ceinture, et serrer ici les écus que j’ai gagnés, (il ôte sa ceinture et met l’argent dans la crédence.) Voilà mes six années de gages comme garçon meunier ; il ne s’en manque guère… J’ai bien fait d’économiser !… Je savais bien qu’au train dont marchait maître Blanchet, sa femme et son enfant auraient besoin du champi un jour ou l’autre… Quant à ça… (il tire un portefeuille et l’ouvre.) Non, il vaut mieux le garder sur moi jour et nuit, c’est plus sûr… Ça ne gêne pas, ces petits morceaux de papier fin ;… ça ne fait pas plus de bruit dans la poche qu’une miette de pain dans un bonnet… C’est drôle !… et dire que ça vaut quatre mille francs !… un beau champ de blé, quoi !… On ne voit pas souvent de ça dans nos campagnes ; mais, moi, je sais que c’est bon et que ça payera les dettes de Madeleine… Quant à celle qui m’a envoyé ça, bénie soit-elle, quand même ! ma pauvre mère !… vous aviez de quoi élever votre champi, mais vous avez eu peur du monde, parce que le monde est