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les arts, chaque artiste exprime le sentiment qu’il a de la vie, dans la mesure de ses facultés, ou selon l’inspiration qu’il en reçoit au moment de son travail. S’il ne réussit pas à faire aimer son œuvre, c’est sa faute, sans nul doute, et c’est à son peu de talent qu’il doit s’en prendre. Mais lui contester avec emportement ou avec ironie le droit d’essayer une manière, n’est pas le fait d’un public artiste et judicieux.

L’auteur de Cosima abandonne donc de bon cœur à la critique le droit de condamner son œuvre ; mais il ne lui reconnaît pas celui d’interdire à qui que ce soit l’emploi d’une forme aussi compliquée ou aussi simple que possible. Parmi les drames de pur sentiment, personne n’admire et n’aime plus que lui Marion Delorme, Antony, Chatterton, la Fille du Cid. Et pourtant ce sont là des génies bien divers, des écoles bien distinctes. Il n’a pas eu la témérité de vouloir faire enregistrer son nom à côté de noms illustrés dans les archives du théâtre moderne. Il n’a pas voulu prouver que le romancier pouvait cumuler et joindre à son titre celui de dramaturge. Il déclare ne rien comprendre à ces questions d’amour-propre, et il est bien certain que les vrais auteurs dramatiques de son temps ne s’en préoccupent pas plus que lui. Ils ont laissé poindre des talents inférieurs, ils ont applaudi ou pardonné à des tentatives plus ou moins heureuses ; ils verraient, sans colère, s’établir un genre de productions théâtrales naïves, analytiques de sentiments intimes, qui, sans avoir la prétention de changer le goût du public à l’égard des choses grandes et solennellement acceptées, l’habitueraient à savoir changer d’émotions et à s’intéresser aux petits événements de la famille après avoir frémi et applaudi avec transport au spectacle des grandes passions et des faits éclatants. En un mot, ils verraient sans s’alarmer, à coup sûr, d’humbles chaumières s’élever à côté de leurs superbes portiques, et eux-mêmes, dans un jour de délassement, ils pourraient s’essayer à ce genre, comme on fait une chanson après un poëme, un paysage après un tableau d’histoire.

Mais une portion du public, qui veut voir partout présomp-