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Les saintes lois de la vérité n’ont pas toujours suffi pour mettre les hommes à l’abri des outrages des hommes. Mais les dieux, tôt ou tard, sévissent contre les indignes profanateurs des choses sacrées. Sachez, impies consécrateurs de l’esclavage, que vous êtes réduits au sort que vous faites subir aux hommes. En les privant de la liberté, vous perdez la vôtre. Les décrets d’un mortel impie n’ont point assez de force pour prévaloir sur les lois non écrites, œuvres immuables des dieux. Celles-ci ne sont ni d’aujourd’hui ni d’hier. Nul ne sait leur origine, mais elles sont toujours vivantes.


LA MUSE.

Lois non écrites de la conscience humaine, vous serez écrites maintenant de la main des hommes, et jurées sur les autels de la patrie. — À ton tour, suave Euripide, dis-nous la vérité de ton âme, supérieure à celle de ton siècle.


EURIPIDE.

Les lois écrites donnent aux faibles et aux puissants des droits égaux. Le dernier des citoyens ose répondre avec fierté au riche arrogant qui l’insulte, et le plus petit, s’il a le droit pour lui, l’emporte sur le plus grand.

L’égalité unit étroitement les amis aux amis, les villes aux villes, les nations aux nations. Il y a entre le plus et le moins une éternelle guerre ; mais les mortels ne possèdent pas en propre les richesses : elles appartiennent aux dieux, et nous en sommes les dépositaires. Quand ils le veulent, ils les reprennent.

J’ai vu l’indigence dans l’âme du riche, comme l’âme généreuse dans le sein du pauvre.

Le sein d’un mortel renferme souvent les décrets de l’avenir, et la Muse chante les promesses de Jupiter Libérateur. Ô terre, tu suis la route de la justice : ne souffre point qu’on te ravisse la gloire d’obéir aux dieux. Minerve fait goûter au pauvre ainsi qu’à l’homme opulent la liqueur délicieuse de l’espérance.


LA MUSE.

Shakspeare, grand tragique et grand philosophe de la re-