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Page:Sand - Theatre complet 1.djvu/139

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Je sens une grande fatigue ;… mais mon esprit, satisfait, se perd dans la contemplation du monde éternel où ma vie n’est qu’une petite goutte en un vaste océan. D’autres poètes ont été avant moi, qui ont souffert aussi, et les maîtres, que tous les jours j’étudie, n’ont trouvé de force que dans le sentiment du bien qu’ils faisaient aux hommes. D’autres viendront encore qui m’étudieront et m’interpréteront à leur tour dans une langue nouvelle. Puissent-ils être moins malades de corps et aussi sains d’esprit que je me sens à cette heure.

Il s’endort. — Un nuage l’enveloppe lentement ; un chœur de musique

chante derrière le nuage. Quand le nuage se dissipe, on voit debout, autour de Molière endormi, les ombres des poètes antiques et modernes : Plaute, Térence, Eschyles, Sophocle, Euripide, Shakspeare, Voltaire, Rousseau, Marivaux, Sedaine, Beaumarchais, etc. La Muse du

théâtre est au milieu d’eux, tout près de Molière.




Scène X


LA MUSE, les Ombres des Poètes.




LA MUSE.

Dors, ô poëte chéri ! que ton âme généreuse et pure goûte les bienfaits du repos, en attendant le jour où, sur cette scène illustrée par tes œuvres, tu t’endormiras une dernière fois pour te réveiller dans le sein des dieux. Ô Molière, tu ne t’es pas trompé, et les pensées au milieu desquelles la vision te surprend sont comme la voix lointaine de tes devanciers qui s’unit à celle de la postérité pour te dire : « Courage, ô ami du vrai, censeur du vice ! tu souffres, tu languis ; mais tu chantes, tu travailles ; fils de l’artisan, lumière du peuple, prends toujours conseil de l’enfant du peuple. Aie confiance, ami ! si les soucis du monde te consument, si les grands te dédaignent, si les hypocrites te persécutent, ton vengeur veille : la raison humaine, la logique du peuple te préserveront de l’oubli, et, dans l’avenir, tu seras, non plus l’amusement d’une cour, mais l’enseignement d’une nation. » Les voici autour de toi, ces frères immortels, ces poètes du passé et de