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genre de relations, une franchise et un sentiment de véritable protection que l’on ne rencontre pas toujours chez les femmes.

» Cependant, quand j’eus atteint ma majorité, je pris, brusquement en apparence, le parti de revenir dans ma province et de m’ensevelir dans la retraite. Ce fut une grande surprise pour ma tante, car je venais d’hériter d’un vieux parrain qui m’avait prise en affection et qui me laissait trente mille livres de rente en biens-fonds. Dès lors, j’étais très-mariable, je n’étais plus boscotte, j’avais même une figure agréable, et les partis se présentaient. Je n’avais qu’à choisir.

» Mais j’avais fait mes réflexions durant ces trois années. J’avais pris assez d’expérience et de jugement pour comprendre que, si je n’avais plu à personne dans ma pauvreté, je ne pouvais avoir acquis, par le fait d’un testament imprévu, le don de charmer les yeux. J’avais assez de la vie oisive et facile ; ma santé s’y perdait, et mon âme n’y trouvait qu’un sentiment sans grandeur et sans vrai profit. J’étais restée, sans qu’il y parût beaucoup, aussi pieuse que ma mère m’avait faite ; j’avais besoin d’enthousiasme et de dévouement. Les circonstances et le commerce du monde avaient retardé, mais non attiédi l’élan de ma foi. Riche, j’avais d’ailleurs des devoirs nouveaux. Je voulais me consacrer au soulagement des malheureux, et particulièrement à l’éducation des enfants pauvres :