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était accablante. Sa tête n’était donc couverte que du petit voile noir, à travers lequel on voyait l’or de sa chevelure, et même quelques grosses boucles de ces beaux cheveux, impitoyablement sacrifiés, qui moutonnaient sur sa nuque blanche et lui donnaient cet aspect enfantin dont j’avais été déjà frappé.

Elle vint à notre rencontre d’un air ému mais ouvert, et la manière dont elle nous tendit à la fois ses deux mains témoignait plus d’attendrissement que de crainte.

— Asseyez-vous là, dit-elle ; Dieu nous fournit les siéges de ce beau salon d’été. N’est-ce pas un endroit où l’on voudrait pouvoir rester, vivre de ses propres pensées, et mourir sans se rappeler que le monde existe ?… J’ai bien des choses à vous dire, mais reposez-vous d’abord. Le chemin a dû vous lasser beaucoup.

— Oh ! moi, un chasseur, répondit Narcisse en s’asseyant à une certaine distance d’elle, sur un rocher plat du rivage, je ne me fatigue pas pour si peu ! Mon camarade est un naturaliste, habitué à de plus hautes montagnes et à de plus mauvais chemins. Mais vous, demoiselle ! je n’aurais pas cru que vous vous souviendriez si bien de vos promenades d’autrefois !

— Vous pouvez dire nos promenades, reprit-elle ; car nous sommes venus bien des fois ici avec nos sœurs. Notre pauvre Louise aimait beaucoup cet endroit ; vous en souvenez-vous ?