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Page:Sand - Narcisse, 1884.djvu/81

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neur, la pauvre fille ! Et lui, qui a besoin d’argent pour payer ses dettes, il la plantera là, ou la fera mourir de chagrin.

— Pourquoi ne pas supposer qu’il l’aime et qu’elle le sauvera ?

— Il ne l’aime pas ! Ne vous a-t-il pas dit qu’elle était vieille et bossue ?

— Il répétait ce que l’on dit d’elle, pour mieux cacher son secret ; mais il avait soin de dire qu’il ne l’avait jamais vue. D’ailleurs, vous-même, Narcisse, ne m’avez-vous point parlé de la même manière, et presque dans les mêmes termes ?

— Moi, moi, c’est différent ! Je ne suis pas amoureux ! Je puis dire ce qu’elle est sans lui faire injure !

— Ainsi, vous la trouvez incapable d’inspirer de l’amour ?

— Je n’en ai jamais eu pour elle ! Elle n’a jamais songé à m’en donner ; je ne lui dois rien de ce côté-là ; au lieu que lui, il faut qu’il l’aime comme elle est, ou qu’il la trompe indignement ; il n’y a pas de milieu.

Le raisonnement était juste.

— Nous saurons tout demain, lui dis-je ; prenez patience !

Le lendemain, nous louâmes une affreuse carriole et un assez bon petit cheval, qui, en trois quarts d’heure de trot, nous conduisit à la Folie-Pardoux, en vue très-rapprochée du manoir d’Estorade.