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moment d’obstination déplacée, ou, tout au moins, qu’ils retardent de dix ans leur avenir pour n’avoir pas su, pendant trois mois, accepter une position au-dessous de leurs espérances. Le monde est peuplé de ces hommes-là ; Albany n’était pas une exception.

Cela était pourtant assez bizarre en lui, car il avait des qualités aimables qui contrastaient avec sa déraisonnable hauteur ; et, par une conséquence de cette déraison, il se trouvait entraîné à vivre parfois, avec tout son orgueil, d’une manière peu digne, sinon peu délicate. Il était criblé de dettes sur lesquelles les rêves de son ambition lui faisaient fermer les yeux, et il ne savait pas attendre qu’ils fussent réalisés, si jamais ils devaient l’être, pour se ranger à une existence sobre et prudente.

Fils d’un riche propriétaire campagnard (son véritable nom était Alban Gerbier), il avait été élevé dans une grande aisance. Pour suivre sa vocation d’artiste, il avait, disait-il, brisé héroïquement tous ses liens de famille. Son père l’avait abandonné, espérant le ramener par les privations ; puis, le voyant dans des situations déplorables, il avait payé ses dettes avec résignation, en l’avertissant de ce qui lui arriverait, de ce qui lui était bien vite arrivé : c’est-à-dire qu’il avait mangé sa part d’héritage paternel et maternel, et qu’ayant plusieurs frères et sœurs, il ne pouvait plus prétendre à rien dans l’avenir. Le père, avec beaucoup de patience et de fermeté, l’avait sauvé