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demoiselle d’Estorade. Nous étions camarades avec elle. On se voyait du matin au soir ; on jouait, on courait ensemble, on se tutoyait, on s’est tutoyé longtemps !

» Quand je fus en âge d’apprendre quelque chose, on me mit au collége, où j’arrivai seulement en quatrième. Après quoi, il me fallut revenir aider dans son commerce mon père, qui se faisait infirme. Ma pauvre mère venait de mourir, et mon père ne voulait pas que ses filles missent le pied au café et la figure au comptoir.

» On s’était toujours retrouvé à la campagne, aux vacances, les d’Estorade et nous. Nos mères étaient pieuses toutes deux et se convenaient beaucoup, malgré la différence du rang. Mais, quand je fus cloué à la boutique, on se perdit de vue. À son tour, mademoiselle d’Estorade perdit sa mère et s’en alla passer trois ans chez une tante, loin d’ici. On pensait qu’elle se marierait par là ; mais elle revint à vingt et un ans avec d’autres idées. Elle ne vit personne de ses anciennes connaissances et s’enferma dans ce couvent, où elle se fit une société et une occupation en y établissant des sœurs et une école d’enfants. C’est une bonne âme, voyez-vous cette fille-là ! Elle n’a rien, elle donne tout aux pauvres, et sans leur demander, comme font certaines autres dévotes, leur billet de confession. Il suffit qu’on soit malheureux ; elle ne consulte personne là-dessus que son cœur. Oui, vraiment, c’est dommage, bien dommage