Ouvrir le menu principal
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Non, répondit-il ; mais je veux attendre qu’elle se lève pour s’en aller, afin de m’assurer, encore une fois, que c’est elle et non pas une autre.

Un quart d’heure s’écoula, et nous entendîmes Albany qui disait :

— Vous êtes mon ange gardien ; vous me sauvez encore une fois.

— L’embrasse-t-il ? dis-je en souriant à Narcisse, qui, regardant toujours, me tournait le dos.

— Non, répondit-il ; il ne lui touche pas seulement la main. Venez la voir, elle s’est levée. Il s’en va, il part, et elle reste là debout ! regardez-la donc !

En effet, Albany avait opéré sa périlleuse sortie devant le pilier. Il rentrait par là, comme la veille, dans la tonnelle des comédiens, et mademoiselle d’Estorade, effrayée, oubliant la crainte et le danger d’être vue, restait levée et penchée sur la palissade pour le suivre des yeux. Je la vis alors, aussi bien qu’on peut voir à une dizaine de mètres de distance. Elle me parut petite et voûtée, sinon bossue ; mais sa figure était agréable et presque jolie. Elle était habillée de noir, avec une collerette blanche et un petit bonnet plat sous un grand chapeau. Elle paraissait fort propre ; mais la coupe surannée et disgracieuse de son vêtement lui donnait la tournure d’une vieille femme. Pourtant la tête était jeune, et je ne lui donnai pas plus de vingt-cinq ans.