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croire qu’elle avait été violemment frappée au cœur par l’inconvenance de sa conduite ; mais qu’elle eût toujours ignoré la nature de son penchant pour lui, et qu’elle dût emporter cette chaste ignorance avec son secret dans la tombe, voilà ce qui m’était désormais bien prouvé. Je voyais bien aussi qu’elle était née avec l’instinct du célibat, instinct providentiel peut-être, et que je n’avais pas assez deviné, puisque la seule pensée de l’amour terrestre brisait sa vie, au moment où elle cherchait à le ressentir.

J’étais donc doublement affecté de l’idée de perdre cette adorable amie et de la crainte de l’avoir poussée dans une voie où il ne lui était pas possible de s’engager.

Je me hâtai de lui exprimer cette dernière appréhension, lui disant que, si la résolution qu’elle avait prise était une des causes morales de sa maladie, je pouvais répondre assez de Narcisse pour jurer qu’il resterait son frère et son ami sans plainte, sans reproche, et peut-être sans effort. Le dévouement fait des miracles dans de telles âmes, et je voulais aller chercher sur l’heure notre ami, pour qu’il le jurât lui-même.

— Non, non, ne faites pas cela, me répondit Juliette. Il a encore l’espérance que je vivrai ; laissons-la-lui encore un jour, c’est autant de gagné.

Elle était fatiguée de parler : elle s’assoupit. Le lendemain, Narcisse, qui pressentait et devinait tout, fit sem-