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trompé dans ses appréciations instinctives. Un jour, je lui annonçai avec joie une presque certitude. Je venais de faire un voyage de quarante-huit heures dans les environs. Notre dîner, qui ne durait jamais plus de vingt minutes, se prolongea un peu plus que de coutume. On l’appela ; je passai dans ma petite Thébaïde, et, comme j’avais beaucoup marché, je me permis d’aller respirer le frais sur la terrasse, au fond du parterre, avant de m’enfermer dans mon cabinet de travail.

On était à la fin d’août. Les jours baissaient rapidement, mais les soirées étaient chaudes et sèches. Le ciel, un peu orageux, était, en ce moment, comme un marbre précieux tout veiné d’or sombre et de pourpre enfumée. Ses reflets étaient déjà éteints sur le paysage, et il était encore éblouissant à regarder. Deux jeunes tilleuls ronds et trapus, qui ombrageaient la terrasse, se remplirent de noctuelles et de sphinx bourdonnants, que chassaient, de temps en temps, de légères brises courant comme en spirales dans le feuillage. Les fleurs du parterre, luxuriant dans cette arrière-saison, exhalaient des parfums si exquis, que je me trouvai barbare et brutal de fumer du tabac au milieu de ces purs aromes. Je jetai mon cigare et m’enivrai de la splendeur de cette belle soirée.

La campagne était muette, et la ville aussi, du côté de la place, circonstance dont je ne songeai pas à m’étonner. De temps en temps seulement, j’entendais un vague mur-