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Or, la demoiselle n’était jamais embrassée par personne, vu qu’elle n’avait jamais de gages. Méfiante à l’excès du résultat, elle n’avait pas de distractions au jeu. On en était donc à ce débat, Narcisse prétendant, avec beaucoup de bonhomie et point d’émotion apparente, que la demoiselle n’était pas en pénitence, et que, quant à lui, ce n’en serait pas une d’embrasser une personne qu’il aimait beaucoup.

L’enfant s’obstina.

— Eh bien, dit-elle, pourquoi me donnes-tu souvent pour pénitence de t’embrasser, toi ? On envoie les autres enfants embrasser leur papa et leur maman ; je veux que tu embrasses la demoiselle !

— Cela ne se peut pas, reprit Narcisse ; on n’embrasse pas les personnes à qui l’on doit le respect.

— Ça n’est pas vrai, répliqua Sylvie ; moi, j’embrasse la demoiselle, et j’embrasse aussi M. le curé.

— Vous verrez, dit le curé en riant, que Narcisse va être forcé tout à l’heure de m’embrasser aussi !

— Mais, au fait, dit alors M. Pitard, qui ne se doutait de rien, pourquoi Narcisse n’embrasserait-il pas la demoiselle ? Quel mal y trouvez-vous, monsieur le curé ?

— Moi ? dit celui-ci. Aucun. Ça m’est fort égal !

Et il reprit sa partie de piquet.

— Voyons, Narcisse, dit alors mademoiselle d’Estorade d’un ton singulièrement résolu, embrassez-moi donc,