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possible pour se faire oublier. Pendant quelques jours, elle eut des prétextes pour ne pas venir aussi régulièrement chez nous, ou pour n’y rester que peu d’instants. Une fois, elle parla de voyager, d’aller en Italie pour je ne sais plus quels intérêts matériels ou spirituels de sa communauté à débattre auprès du pape. Narcisse, qui avait tenu bon contre les premiers essais de refroidissement, perdit courage, et lui laissa voir tant de chagrin, qu’elle y renonça. J’espérai encore, en voyant qu’elle se préoccupait sérieusement des souffrances de son ami, qu’elle en souffrait elle-même, et qu’une sorte d’agitation intérieure était entrée dans sa vie. Mais, tout à coup, par suite de je ne sais quelles réflexions nouvelles, elle reprit sa sérénité, et le calme plat sembla être revenu chez tous deux pour toujours.

Tant de travail nous était imposé, à Narcisse et à moi, que ces émotions secrètes ne pouvaient remonter qu’en de courts moments imprévus à la surface de notre existence. C’est ce qui m’explique, maintenant que je la raconte, comment une situation si tendue et si délicate put se prolonger encore pendant plus de trois mois sans amener un déchirement. Il n’en eût pas été ainsi dans un autre milieu ou dans d’autres circonstances ; ou bien encore la raison en était dans cette muette persistance des sentiments et dans cette temporisation continuelle de la volonté qui caractérisent les provinciaux.