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— Juliette ! Juliette ! m’écriai-je en lui saisissant la main, vous en aimez un autre !

Sa figure changea soudainement et prit une expression de fierté blessée que je ne lui connaissais pas.

— Ce que vous dites là est mal, dit-elle en essuyant à la dérobée deux larmes brûlantes. Si ce que vous soupçonnez était vrai à mon insu, vous seriez bien cruel ou bien imprudent de chercher à m’en convaincre ! Et si, au contraire, c’est une rêverie qui vous passe par la tête, c’est mal récompenser ma confiance et ma sincérité que de me persécuter, comme autrefois Narcisse, de cette singulière fantaisie !

Je devais me le tenir pour dit. Juliette voulait garder, quel qu’il fût, le secret de son cœur ou la perplexité de son esprit. Je lui demandai pardon de l’avoir affligée. Elle revint aussitôt à son aménité ordinaire, et, bien certaine que j’userais prudemment de ses confidences dans l’intérêt de Narcisse, elle me proposa d’aller rejoindre ma femme et les enfants au jardin.

Sans rien confier à Narcisse de ce qui venait de se passer, j’essayai de le détourner de ses projets de célibat ; mais ce fut bien inutile. Il n’y avait aucun espoir à lui ôter, puisqu’il n’en avait aucun. Son parti était pris, et le calme apparent de ses relations avec mademoiselle d’Estorade n’en fut pas troublé.

Il me sembla pourtant que celle-ci faisait d’abord son