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tentieux s’il eût fait autrement. Mais il écrivait si parfaitement bien, que j’eusse pu douter que ses lettres fussent de lui, si je n’eusse retrouvé dans son entretien, lorsqu’il abordait la question d’intérêt général, la même netteté d’expression et la même logique de raisonnement. Je me rappelais, par contre, que mademoiselle d’Estorade, tout en écrivant avec droiture et candeur, se servait d’une vieille orthographe qui n’était plus correcte, et que, dans sa conversation, elle m’avait paru très-peu apte aux connaissances exactes, et très-ignorante des choses positives. Elle était toute dans l’idéal et pas assez dans la réalité. Sa fortune était mal gérée ; elle s’en plaignait, voyant bien que ce qu’on lui volait était volé à ses bonnes œuvres ; mais elle ne savait pas y apporter remède. Un mariage entre ces deux personnes m’apparaissait comme une alliance providentielle pour remédier, par la mutuelle influence, à ce qui manquait à chacune d’elles. Je suis pour l’égalité d’action de cette influence dans le mariage, et je n’augure jamais rien de bon d’une supériorité trop marquée chez l’un des époux. Celui qui domine se lasse souvent de son autorité tout autant que l’autre de son obéissance. Mais il ne faut pas que cette égalité d’influence ait le même but. À dose égale de force et d’intelligence sur les mêmes points, il y a lutte inévitable. Je trouvais dans l’opposition du caractère de Juliette et de Narcisse un équilibre excellent, chacun des deux étant,