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crois bien que le couvent où nous serons forcée de l’envoyer sera une maison d’aliénés. Elle est à plaindre. Je vous en prie, Narcisse, ne la laissez pas courir seule on ne sait où. Je ne suis jamais sûre, quand elle a de ces colères-là, qu’elle ne va pas se jeter dans la Gouvre.

» Je me mis à suivre Julia, qui, en me voyant, parla justement de se tuer ; mais elle n’en avait, je crois, nulle envie, et se laissa ramener au château, où mademoiselle d’Estorade, qui nous avait devancés, lui dit pour toute gronde :

» — Eh bien, ma pauvre folle, vous trouvez donc que vous me prouvez votre attachement en me donnant toujours de l’inquiétude ?

» Julia recommença ses repentances et ses protestations, et puis vint l’attaque de nerfs obligée ; après quoi, elle alla dormir, car elle n’en pouvait plus.

» — Et voilà, me dit mademoiselle d’Estorade, comment se passe le temps que je lui sacrifie à vouloir la consoler. En vérité, je me demande quelquefois s’il ne vaudrait pas mieux pour elle retourner à son métier, dont les tracasseries d’esprit et les fatigues lui sont peut-être nécessaires, que d’attendre ici que sa folie se tourne en rage et en désespoir. Mais que faire ? Je ne peux pas la prendre au couvent, et, quand je parle de l’envoyer ailleurs que chez moi, elle veut se jeter par les fenêtres.

» J’admirai la patience et la bonté de Juliette ; mais,