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amitié pour Juliette n’était pas meilleure que l’amour qu’elle avait et qu’elle a encore pour Albany. Ce n’était qu’exigences déraisonnables et jalousie furieuse. Elle parlait d’elle, tantôt comme d’un ange du ciel, et tantôt comme d’une hypocrite ; tantôt comme d’une égoïste indifférente, et tantôt comme d’une vaniteuse qui voulait faire des conversions pour en avoir l’honneur et les compliments. Quand mademoiselle d’Estorade venait passer deux ou trois heures avec elle, elle en était si fière et si contente, qu’elle l’eût servie à genoux ; mais, quand celle-ci, la trouvant encore trop singulière dans ses idées religieuses, ou trop amoureuse d’Albany, lui refusait de l’emmener avec elle, les dépits, les colères et les reproches recommençaient. Elle en gardait rancune toute la semaine et passait son temps à lui écrire des lettres de cinquante pages pour se plaindre que la grâce ne lui tombait pas du ciel toute rôtie, et cinquante balivernes sur elle-même, sur le monde, sur Albany ; tout ça si mal en ordre et si mal griffonné, sans un mot d’orthographe, que mademoiselle d’Estorade ne pouvait pas trouver le temps de le déchiffrer et ne voyait rien d’utile à s’y crever les yeux.

» Quand je vis cette Julia si fantasque, si peu fixée dans ses projets, si ennuyée d’être à la campagne et d’y être seule, qu’elle en perdrait la tête, je me promis, à la première occasion qui se trouverait, d’en avertir made-