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habits faisaient mieux valoir sa haute taille et sa belle figure.

C’est par mes soins que cette dernière métamorphose s’était opérée. Il m’avait chargé de lui envoyer des habits de Paris, et je lui avais fait expédier des choses simples à son usage, mais d’un choix de couleur moins mirobolant et d’une coupe moins fantastique que sa toilette indigène. Il était donc arrangé comme tout le monde, ce qui est la seule bonne manière de l’être ; et, comme son type de famille était un fort beau type, la vulgarité ridicule de l’accoutrement ne le défigurait plus. Je lui fis compliment de sa bonne mine.

— Ma foi, répondit-il, je suis content de me sentir moins lourd et d’avoir perdu l’habitude de la bière et de l’absinthe. C’est un mauvais régime, et un homme qui veut vivre ne peut pas continuer plus de dix ans le métier de cafetier dans nos petits endroits, où il faut toujours trinquer avec la pratique, sous peine d’être malhonnête. Je me suis senti à bout, et j’ai repris le fusil de chasse et les courses dans la campagne. J’étais depuis longtemps en marché avec mon beau-frère pour lui céder l’établissement. J’y ai gagné de quoi vivre, et, comme c’était là le but, je n’ai pas voulu attendre d’y mourir. Il faut que je sois fort comme un cheval pour y avoir tenu si longtemps. Dieu merci, je ne m’en sens plus ; je mange à présent comme tout le monde, et je dors quand je veux, ce qui me semble assez doux.