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colère de la chanteuse, et ce n’était pas une mauvaise idée. Il valait beaucoup mieux que la discussion s’établit entre nous tous, que si nous eussions été forcés, Narcisse et moi, d’intervenir maladroitement.

Julia répliqua avec aigreur que les choses les plus surprenantes n’étaient pas si rares qu’on le croyait ; et elle ajouta :

— Mademoiselle d’Estorade me reçoit devant témoins. Puisque c’est son intention, je m’y conforme, et j’entre en matière sans préambule.

— Allez ! dit Narcisse ; ça ne nous fait rien ; nous sommes occupés, nous autres, et nous n’écoutons pas.

— Écoutez, au contraire ! reprit Julia avec une audace extraordinaire chez une si jeune femme. Aidez-moi à découvrir ce que mademoiselle d’Estorade a fait de mon mari.

— Votre mari ? qui donc, votre mari ? dit Narcisse en riant.

— Je n’en ai qu’un, répondit Julia. Il y a six mois que je vis exclusivement et maritalement avec Albany ; mais, si le mot de mari écorche de trop saintes oreilles, je dirai mon amant.

— C’est comme il vous plaira, lui dit mademoiselle d’Estorade avec une tranquillité singulière.

Je la regardai. Elle s’était assise un peu en arrière de la table, dans une attitude de résignation patiente et