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n’est pas une femme ? Moi, je la vois autrement. C’est une femme frêle qui n’aura jamais l’étoffe d’une matrone ; mais c’est une figure qui s’empare de vous et qui vous reste dans l’imagination. On peut très-bien être amoureux de cette figure-là… et même de la personne. Tenez, n’est-ce pas elle qui s’en va, là-bas ?

— Oui, oui, c’est elle, dit Narcisse, je la vois bien, allez ! Elle prend le plus mauvais chemin pour ne pas s’en revenir avec nous.

Nous avions gravi les rochers qui nous entouraient, moi, sans m’en apercevoir, en causant avec Narcisse, qui marchait devant et obéissait instinctivement au besoin de suivre des yeux mademoiselle d’Estorade le plus longtemps possible. Elle descendait légèrement la déchirure d’un massif de roches très-âpres, et gagnait le lit d’un ruisseau qui faisait plusieurs angles avant de se jeter dans la Gouvre. Elle semblait voltiger plutôt que marcher sur les roches. On la sentait faible dans ses mouvements, et de courte haleine, mais adroite et souple, obéissant, sans y songer, à une habitude d’enfance, à une insouciance du danger, ou à une certitude d’en triompher.

— C’est bien cela, me dit Narcisse, à qui j’exprimais mon idée. Elle ne se méfie de rien. Elle croit ne pouvoir jamais tomber !

— Qui sait ? répondis-je. Elle est si menue et si aérienne ! À chaque instant, on dirait qu’elle va glisser ;