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s’était laissé conseiller d’abandonner l’art et de se faire une petite position industrielle ou administrative ; mais il n’avait voulu s’engager à rien, et il parlait de sa famille en termes convenables, il est vrai, mais avec un fond de tristesse qui frisait l’amertume et le dépit. S’il n’était rien et ne savait rien être, c’était toujours parce que les autres ne l’avaient pas assez aidé. Du reste, il montrait de la délicatesse, et s’irritait presque des nouvelles offres de service que paraissait lui avoir faites mademoiselle d’Estorade.

— Qu’est-ce que tout cela ? me dit Narcisse quand nous eûmes fini de lire. Je vois bien que ce garçon est un douillet qui craint d’écorcher ses mains blanches au travail utile. Je le savais de reste ! Mais pourquoi, lui qui n’aime que lui-même, qui ne demande aux femmes que du plaisir, aux hommes que des applaudissements, qui, enfin, n’a jamais connu ni l’amitié ni l’amour, fait-il un si grand étalage de sentiments tendres et honnêtes pour mademoiselle d’Estorade ? Ce n’est pas de la vraie reconnaissance ; il est ingrat comme trente chats ; je le sais, moi qui l’ai obligé maintes fois ! Est-ce un calcul pour l’avenir ? Veut-il lui montrer du désintéressement et de l’orgueil, pour mieux la plumer ensuite ?

— Ce serait possible, répondis-je ; pourtant, je ne le crois pas, et vous-même, vous n’avez rien de trop sérieux à lui reprocher ?