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d’ancien fossé qui séparait le préau du petit parc ; mais comme elle y portait la main, Huriel s’étant refusé à faire une telle insulte à son rival, un son de musette sortit du bois dont le taillis serrait la petite cour en face de nous, et quelqu’un, qui par conséquent se trouvait caché assez près pour entendre et voir toutes choses, joua l’air des Trois Fendeux, du père Bastien.

Il le joua d’abord tel que nous le connaissions, et ensuite un peu différemment ; d’une façon plus douce et plus triste, et enfin le changea du tout au tout, variant les modes et y mêlant du sien, qui n’était pas pire, et qui même semblait soupirer et prier d’une manière si tendre qu’on ne se pouvait tenir d’en être touché de compassion. Ensuite, il le prit sur un ton plus fort et plus vif, comme si c’était une chanson de reproche et de commandement, et Brulette qui s’était avancée et arrêtée au bord du fossé, prête à y jeter le mai, mais ne s’y pouvant décider, recula comme effrayée de la colère qui était marquée dans cette musique. Alors Joseph, écartant les broussailles avec ses pieds et ses épaules, parut sur le revers du fossé, l’œil en feu, sonnant toujours, et semblant, par son jeu et sa mine, menacer Brulette d’un grand désespoir si elle ne renonçait point à l’affront qu’elle avait eu dessein de lui faire.




VINGT-SEPTIÈME VEILLÉE


— Brave musique et grand sonneur ! s’écria le grand bûcheux, battant des mains quand ce fut fini. Voilà du bon et du beau, Joseph, et on se peut consoler de tout quand on tient comme ça le dragon par les cornes. Viens ici qu’on te complimente !

— On ne se console pas d’une insulte, mon maître, répondit Joseph, et il y aura, pour toute la vie, un fossé plein d’épines entre Brulette et moi, si elle jette dans celui-ci les fleurs de mon offrande.