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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/88

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faire ce que vous faites là ! et je vois à présent que vous y gagnez votre vie, comme je gagne la mienne à faire pousser le blé ! Allons, bonsoir, mes amis. En vous remerciant pour mon chapeau. J’irai le chercher chez vous, à ce soir. Ne vous dérangez point pour moi.

MAURICE. — Venez, vous boirez un verre de quelque chose avec nous.

PIERRE. — Vous êtes bien honnêtes, et vous m’avez dit des paroles… que je veux que vous me disiez encore une fois… Tenez, une poignée de main en nous quittant, tous les quatre !

DAMIEN. — Est-ce de bon cœur ?

PIERRE. — Oui ! Dieu me punisse si ça n’est pas de bon cœur !

(Il s’en va.)

DAMIEN. — Sont-ils tous comme cela ?

MAURICE. — Un peu ou beaucoup plus, un peu ou beaucoup moins. Sauf d’assez rares exceptions, le paysan offre partout, je crois, des contrastes que je ne me charge pas d’expliquer, mais que j’ai observés, moi qui ai été élevé au milieu d’eux. Ils sont à la fois très-crédules et très-méfiants, très-simples et très-intelligents, très-vindicatifs et très-bons. Mais voilà l’Anglais de l’autre côté de l’eau ! Hé ! monsieur Brown ! vous cherchez une passerelle ?

RALPH, sur l’autre rive. — Oui, et je m’aperçois que je me suis un peu égaré. Je viens de porter une lettre à la poste, et j’ai fait plus de chemin qu’il ne fallait. Je m’en console puisque je vous rencontre.

MAURICE. — D’autant plus que nous allons vous faire passer l’eau et vous remettre dans votre chemin.

DAMIEN, dans le bateau, traversant la rivière. — Hein ! que dites-vous de cette pirogue ? Ce n’est pas dans votre pays de sauvages que vous aviez des embarcations de cette tournure-là ! Je parie que vous n’en avez jamais vu d’aussi laide !

RALPH, entrant dans le bateau. — Je n’ai pas le droit de la dénigrer, puisqu’elle m’est secourable.

DAMIEN. — Oh ! vous pouvez en rire ! Nous l’avons fait à