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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/68

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DIANE, GÉRARD.


DIANE. — Bonjour, Gérard ! Ah ! vous êtes l’homme de France qui sache baiser la main avec le plus de grâce ! Mais c’est toujours un peu la même chose, et je trouve bien calme votre manière de m’aborder, dans un moment où je suis tout émue d’une déclaration que je viens de recevoir.

GÉRARD. — Une déclaration ? de qui donc ? Je vous croyais en conciliabule édifiant avec le curé de votre village ?

DIANE. — Eh bien, c’est justement le curé de mon village qui vient de me faire une déclaration.

GÉRARD. — Vous moquez-vous ?

DIANE. — Nullement ! Oh ! ce n’est pas une déclaration d’amour passionnée, échevelée comme celle de nos gens du monde ; c’est une déclaration de peur, de défaite, de fuite, une déclaration de prêtre, enfin !

GÉRARD. — Vous vous connaissez en déclarations !

DIANE. — Mais oui ! Cela vous fâche ?

GÉRARD. — Cela m’inquiète.

DIANE. — Vous seriez donc jaloux ?

GÉRARD — Je le suis.

DIANE. — Ah ! tant mieux ! j’avais peur que vous ne le fussiez pas.

GÉRARD. — Peut-on aimer sans jalousie ?

DIANE. — Vous vous vantez, marquis ! Vous n’êtes pas jaloux ! À propos, il est fort bien, ce curé de Noirac ! Il n’a guère que trente ans, n’est-ce pas ? et il passe pour austère ?… Savez-vous que ce serait amusant de voir un peu souffrir ces farouches vertus du clocher ?

GÉRARD. — Ah ! madame, je crains que vous ne vous fassiez un plaisir de faire souffrir un peu tous ceux qui vous admirent.

DIANE. — S’ils ne souffrent qu’un peu, il n’y a pas grand mal.

GÉRARD. — Mais je vous prie de les faire souffrir beaucoup au contraire ! de les faire souffrir tous, excepté moi.