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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/63

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PIERRE. — Possible, monsieur, mais chacun a le droit d’être bête et de se tromper.

GÉRARD. — Il n’y a donc rien de fait : je déchire le bail ?

GERMAIN. — Non, non, monsieur le marquis ! Il faut s’entendre, mon garçon viendra à la raison, je m’en charge. (À Pierre.) Tais-toi donc ! (Au marquis.) Ne déchirez pas !

GÉRARD. — Je vous donne une heure pour y penser. Quant à moi, je ne me ravise jamais en pareille matière.


Dans la cour du château de Mireville


GERMAIN, PIERRE.


GERMAIN. — Y songes-tu, Pierre ? Tu deviens donc fou ?

PIERRE. — Non, mon père, mais ça m’ennuie de me faire commander comme ça. Je trouve M. le marquis injuste de vouloir m’ôter mon droit de citoyen, et s’il est injuste pour cette chose-là, il sera injuste dans toutes les autres. Je n’y tiens pas déjà tant, à son bail ! M’est avis qu’il est bien dur pour moi.

GERMAIN. — Non, il n’est pas dur. Je connais ce bien-là mieux que toi, et je te dis que tu t’en retireras ; mais peut-être bien que tu es plus fin que moi, et que tu disputes sur le vote afin qu’on te rabatte quelque chose sur les menus-suffrages ?


PIERRE. — Non, mon père, ça n’est pas par finesse, c’est par fierté. Je ne m’entends pas à la politique, et je n’y pense guère, vous le savez ; mais je suis un homme, et je ne veux point qu’on me mène comme un cheval, avec la bride et le licou.

GERMAIN. — Cette fierté-là, c’est des bêtises ! On dit ce qu’on peut et on fait ce qu’on veut. Tu pouvais bien promettre puisqu’il t’y forçait, et après ça voter comme tu l’entends. On a un billet dans la poche droite et un dans la poche gauche. Le maître n’y voit que du feu, et il est content.