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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/48

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venir partager mon modeste repas, je vous soignerais, je jouirais de votre entretien, et personne n’en médirait, je pense !

JENNY. — Soixante ans ! je voudrais les avoir !

FLORENCE. — Est-ce que vous n’espérez pas guérir de votre chagrin avant cet âge-là ?

JENNY. — La raison dit que si, mais le cœur dit encore que non… Attendez ! est-ce que vous n’entendez pas sonner ?

FLORENCE. — Si fait, on sonne dans cette aile du château et depuis longtemps.

JENNY. — Ah ! mon Dieu, c’est madame ! je la croyais endormie !… Pourvu qu’elle ne soit pas malade ! Bonsoir, mon nouveau camarade, ou plutôt mon ancien camarade, puisque nous avons déjà travaillé ensemble.

FLORENCE. — Vous l’aviez oublié !

JENNY. — Cette fois je ne l’oublierai plus. Pensez aux fleurs du salon, demain matin ; beaucoup de fleurs qui sentent fort ; madame n’aime que ce qui l’entête.

FLORENCE. — Je crois que vous dites-là, sans malice, une grande vérité ! Mais un mot encore, mademoiselle Jenny ; soyez assez bonne pour ne dire à personne que j’ai été dans le commerce ; on en conclurait que je suis mauvais jardinier ; attendez qu’on ait mis mon talent à l’épreuve, et alors je ne m’en cacherai plus.

JENNY. — Je serais fâchée de vous faire du tort, je ne dirai rien.




SCÈNE VII


Sur le balcon de la chambre de Diane


DIANE, JENNY.


JENNY. — Mon Dieu, madame, est-ce que vous êtes souffrante ?

DIANE. — Non, j’ai mal aux nerfs ; je ne peux pas dormir.