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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/326

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LE BORGNOT. — Laisse-moi donc un peu regarder les petits hommes de bois… Tiens ! comme les voilà pendus au mur ! tout habilles !… Ça fait peur, ça a l’air de vous regarder !

JEAN. — Bah ! bah ! ils sont bien sages, ceux-là. Ça n’a besoin ni de lit pour s’endormir, ni de café pour se réveiller.

(Ils sortent en fermant les portes.)


LES MARIONNETTES, pendues au mur.

ISABELLE. — Ils sont partis ? bous pouvons causer. Ah ! je vous le disais bien qu’ils se doutaient de quelque chose !

CASSANDRE. — Parlons bas ! Si on savait que nous existons encore, on voudrait nous forcer à travailler tous seuls, et on nous ferait du mal…

COLOMBINE. — Bah ! qu’est-ce que cela, le mal ? Nous en parlons sur le théâtre, mais nous ne savons pas ce que c’est ? Preuve que l’homme de bois est bien au-dessus de l’homme de chair et de sang, dans l’échelle des êtres.

LE DOCTEUR. — Le mal n’est pas pour nous, comme pour lui, cette sotte grimace qu’il fait quand il se blesse la tête ou quand il s’écorche les mains. Que de bruit, que de contorsions pour un coup de marteau sur ses doigts ou pour un clou dans sa chair ! Certes, nous lui sommes bien supérieurs, nous qui n’éprouvons de la rencontre des corps étrangers qu’une secousse gracieuse et qu’un retentissement harmonieux. Les chocs violents que nous nous donnons les uns aux autres nous divertissent et nous électrisent. Mais le mal que ces géants insensés peuvent nous faire est d’une autre nature. Ils peuvent nous abandonner au feu et au ver, nos implacables ennemis !

LÉANDRE. — Je voudrais bien savoir comment ils s’en préservent eux-mêmes !

LE MISANTHROPE DE LA TROUPE. — Tu l’as dit, ils s’en préservent eux-mêmes : tout est là ! Nous autres, nous ne sa-