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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/322

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n’enlevez à personne. Il ne dépendrait pas de Florence de s’attacher ailleurs. Il vous aime depuis longtemps ; il s’était promis de vous consoler et de vous persuader ; il n’est venu ici que pour vous ; il n’y restera que pour vous. Il avait résolu de ne pas vous effrayer de son amour avant que de vous voir bien guérie. Il savait qu’il est des souffrances qu’il ne faut pas heurter. Il eût attendu des mois et des années avec persévérance. Mais des circonstances étranges et assez romanesques ont précipité sa destinée et la vôtre. Vous vous aimez, et vous avez raison, car jamais Dieu n’a rapproché deux êtres plus dignes l’un de l’autre, et plus faits pour donner un de ces exemples de fidélité dans le bonheur que les mœurs de notre temps rendent si rares ! Ne rougissez donc plus de ce que vous éprouvez, ma fille, et permettez-vous à vous-même d’être heureuse.

JENNY. — bonté céleste ! être aimée véritablement comme je l’ai rêvé, comme je sens que je puis aimer moi-même !… Mais est-ce que c’est vrai, est-ce que c’est possible, monsieur Jacques ? Ne vous trompez-vous pas ? Est-ce que monsieur Marigny et moi nous nous connaissons assez ?… Oui, moi je le connais, à présent, et je lui confierais ma vie… Mais lui… je me sens bien effrayée de le revoir, de lui parler. Je n’oserai jamais lui répondre, s’il m’interroge !…

FLORENCE, se montrant. — Jenny, je ne vous interrogerai pas, je ne vous parlerai pas. Ne soyez ni troublée, ni effrayée. Tenez, mettez votre main dans la mienne, comme dans celle d’un ami. Dites-moi que vous avez confiance en moi, c’est tout ce que je vous demande. Et puis j’attendrai, s’il le faut, des mois et des années, comme j’étais résolu à attendre. Prenez le temps de me juger. Je ne crains rien de vous ni de moi, à cet égard. Je sais que votre amour une fois trahi dans le passé ne se fondera plus que sur l’estime, mais aussi qu’il ne voudra pas s’y refuser… Vous pleurez, Jenny… est-ce de chagrin ?

JENNY. — Oh ! non, car voilà ma main dans la vôtre.

FLORENCE. — Mais elle tremble ! est-ce de peur !