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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/32

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peur aux oiseaux, il a effrayé un curé et un paysan. Quant au curé, voici la pièce de conviction ; emportons-la ; elle nous servira peut-être à retrouver notre diable, dont les aventures commencent à devenir intéressantes. Quant au paysan, je jurerais qu’il a cru voir le Follet, et qu’il en rêvera toute sa vie.

DAMIEN. — Alors notre diable a bien mérité de la comédie. Allons raconter cela à Eugène et à Émile. Ce tricorne va fournir à des commentaires pour toute la soirée.




SCÈNE III


Dans le château de Noirac


Une riche chambre à coucher.


DIANE, JENNY.


JENNY. — Ah ! mon Dieu, madame ! que vous m’avez fait peur !

DIANE. — Peur ? Je ne suis pas habituée à m’entendre dire cela !

JENNY. — Oh ! c’est vrai ! c’est que je suis si sotte !

DIANE. — Que faisais-tu là, sur cette chaise, au pied de mon lit ? Tu dormais ? à huit heures du soir !

JENNY. — Mon Dieu, oui ! Vous vous êtes levée de grand matin, aujourd’hui. Je vous attendais, et, tout en pensant à vous, je me suis endormie, la tête sur vos couvertures de soie. Je ne l’ai pas fait exprès.

DIANE. — Cela m’est égal. Tu es propre, jolie ; tu peux t’appuyer sur mon couvre-pied pour dormir.

JENNY. — Madame est bien bonne.

DIANE. — Dis-tu ce que tu penses ? Tu sais que je t’ai interdit la flatterie. Ce sont des manières de femme de chambre que je ne veux pas que tu prennes, toi qui n’es pas née pour ce métier-là, et qui ne serviras jamais que moi, je l’espère !