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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/317

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JENNY, — Lui, te mépriser ? Si cela était, je ne l’estimerais pas. Non, va, c’est impossible qu’un honnête homme méprise une femme qui se repent !

MYRTO. — Tu as raison, Jenny ! J’exagère parce que je souffre encore, mais je guérirai, vois-tu, je me consolerai, j’oublierai tout cela.

JENNY. — Non, amie, il ne faut pas oublier ; il faut continuer à te repentir ; il faut tout réparer, et tu seras aimée.

MYRTO. — De lui ? Tu le laisseras m’aimer ? Tu ne l’aimes donc pas ? Allons, Jenny, la vérité ! Au nom de Dieu, qui est, disent-ils, la vérité même, ne me trompe pas, ne m’avilis pas par cette réserve qui me paraît de la pruderie, au point où nous en sommes !

JENNY. — Non ! Dieu m’est témoin que je ne suis pas, que je ne veux pas être hypocrite ! Mais la pudeur, la fierté, Myrto, ce n’est pas ce que tu crois. Une femme ne doit pas demander l’amour d’un homme, et le désirer c’est déjà le demander. Non ! je ne me suis pas dit cela à moi-même, et si je te le disais, il me semble que ce serait le lui dire, et que je ne serais plus digne qu’il en fût reconnaissant. Céline, est-ce que tu ne te souviens pas de la première fois que tu as été aimée ? Est-ce que tu aurais été au-devant de l’amour qui te cherchait.

MYRTO. — Non, je ne m’en souviens pas, car je n’ai jamais été aimée, moi ! J’ai été séduite, et c’est autre chose. C’est égal, Jenny, tout ce que tu dis là est vrai, et je sens que mes questions te blessent. Tu me le fais sentir avec douceur. Oui, tu es bonne, oui, tu mérites d’être aimée ! Eh bien, je ne te questionnerai plus, je t’implorerai.

JENNY. — Pour toi, chère Céline ? Ah ! ce n’est pas la peine ! mon cœur te sera toujours ouvert, et tout ce que je pourrai faire pour te consoler, je le regarderai comme un devoir si tu redeviens coupable, comme un plaisir si tu restes bonne et pieuse comme tu as envie de l’être.

MYRTO. — Embrasse-moi, Jenny. Oui, s’il y a de mauvais cœurs sur la terre, il y en a aussi de bien bons ; je le sens, et cela me donne confiance. Allons, il faut croire à Jacques,