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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/301

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EUGÈNE. — Oui, marin, on y va. Mais l’histoire ?

MAURICE. — En dînant !

DAMIEN. — Et le dénoûment de la comédie ?

MAURICE. — Au dessert ! nous avons tout le temps !




SCÈNE XIII


Auprès de la haie


JENNY, JACQUES.


JACQUES — Oui, ma bonne et pure enfant, il faut oublier le passé sans effroi et ne pas repousser la vie qui vous cherche.

JENNY. — Mais non, monsieur Jacques, la vie s’éloigne de moi, au contraire.

JACQUES. — Ce serait donc votre faute ?

JENNY. — Non, j’étais bien décidée à ne pas me faire un devoir de ma tristesse. Vous m’aviez si bien prouvé, en deux mots, que c’était de l’égoïsme !… Et puis, je serai franche : je sentais, par moments déjà, des bouffées d’espérance qui me venaient malgré moi, comme un air de printemps qui vous passe jusque dans le cœur. Eh bien, je ne sais d’où cela me venait, mais, bien sûr, ce n’était pas Dieu qui m’envoyait cela, car il m’a passé tout à coup comme un froid mortel, et, à présent, je me sens si malade dans mon âme et dans mon corps, qu’il me semble que je vais mourir.

JACQUES. — Jenny, ma fille, voulez-vous me promettre de ne penser à rien pendant quelques jours ?

JENNY. — Si je peux, monsieur Jacques. Et je crois qu’en effet, ce ne sera pas bien difficile ; je suis comme hébétée maintenant.

JACQUES. — Jenny, je vois plus clair dans votre cœur que vous-même, et je sais ce qui doit l’épanouir ou le tranquilliser. Vous n’avez donc pas besoin d’y regarder et de savoir ce qui s’y passe. Laissez-moi ce soin-là, et oubliez-vous