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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/296

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MAURICE. — Il a bien fallu conduire l’Anglais à mon palais vénitien.

DAMIEN. — Où prends-tu ce chef-d’œuvre d’architecture ?

MAURICE. — À la maison blanche. Monsieur Brown attend sa femme, ou plutôt il ne l’attend plus, car elle vient d’arriver chez Jacques, et elle va demeurer avec ses filles dans ledit palais moresque.

EUGÈNE. — Bah ? En voilà une, de nouvelle ! Elles sont jolies ?

MAURICE. — Les filles de Ralph ? Deux anges, deux madones, deux houris, deux…

DAMIEN. — Tu les as vues !

MAURICE. — Non, mais je m’en flatte.

EUGÈNE. — Qu’est-ce que ça te fait ?

MAURICE. — C’est qu’elles viennent ce soir à notre comédie.

EUGÈNE. — Bon ! Tu ne mens pas ?

MAURICE. — Vous le verrez… si nous avons une comédie ! Et je commence à en désespérer, car vous voilà, permettez-moi de vous le dire, messeigneurs, en train d’en faire une, comme moi d’aller chanter vêpres !

EUGÈNE. — Elle est faite, mon général. Il n’y manque plus que le dénoûment. Tu vois bien qu’Émile est en train de mettre au net le canevas.

MAURICE. — Pas de détails, pas d’analyse, Émile ! ça embrouille ! Trois mots pour chaque scène… Le Docteur accorde la main de sa fille à Léandre. Pierrot reçoit les confidences d’Arlequin. Il n’en faut pas davantage pour des improvisateurs qui savent leur affaire.

ÉMILE. — Soyez tranquille. Je suis au courant de la Forme. Ne me parlez pas, je me dépêche.

MAURICE. — Ah çà, qu’est-ce que c’est que cette rage de travail, vous autres ? Un jour rempli d’émotions comme celui-ci !

EUGÈNE. — Quelles émotions ? Le public de ce soir ? Attends que nous ayons vu si ces nouveaux visages en valent la peine. Jusque-là, il faut toujours piocher et se dé-