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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/271

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DIANE. — Ah ! mon Dieu, que tu m’ennuies, avec ton Gérard ! je ne peux pas l’oublier un instant, avec toi !

MAROTTE, entrant. — Monsieur le marquis fait demander si madame la comtesse veut monter à cheval ce matin.

DIANE. — Est-ce qu’il est fou ? Il fait un froid de loup !

MAROTTE. — Mais non, madame, il fait un temps magnifique.

DIANE. — C’est égal, je ne veux pas sortir. Dis-lui qu’il attende que je sois levée. Tiens, Marotte, donne-lui les journaux, ça l’endormira.

(Marotte sort.)

JENNY. — Madame, madame ! il faudrait pourtant bien prendre un parti avec monsieur Gérard.

DIANE. — Eh bien, oui, mon parti est pris, c’est de le renvoyer. À présent, je n’y risque plus rien. Je l’aime peu ou point. Je vais lui donner son congé aujourd’hui.

JENNY. — Comme cela ? sans ménagement, sans regret, sans pitié ? il en mourra !

DIANE. — Mourir, lui ? un homme si bien portant ? Ce serait dommage ; mais, heureusement, ce n’est pas facile.

JENNY. — Vous riez ?… Eh bien, je vous dis qu’il est capable de se tuer !

DIANE. — Cela me poserait bien dans le monde ! Mais je n’aurai pas tant de gloire. Il vivra cent ans pour m’ennuyer.

JENNY. — Ne jouez pas avec cela, madame, je vous le dis bien sérieusement. Quand ce ne serait que parce qu’il a la tête exaltée et faible ! Un homme toujours chargé d’armes de chasse, de couteaux… c’est si tôt fait ! et il y a des gens qui agissent avant de réfléchir !

DIANE. — Tu as raison, tu me fais peur ; il faut le ménager, ce pauvre garçon ! Tu crois donc qu’il m’aime bien ?

JENNY. — Si vous saviez à quel point il vous aime, votre amour-propre serait satisfait et vous ne songeriez qu’à lui.

DIANE. — Eh bien oui, ça me flatterait d’être aimée pas-