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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/27

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GERMAIN. — Quand il bénit les rameaux, il leur donne bien pouvoir pour écarter la mauvaise influence. Quand il fait sonner la cloche contre la grêle, il charme bien la cloche ; quand il dit l’évangile sur la tête d’un malade, il charme bien la fièvre, et tout ça, vois-tu, ça rentre dans le secret.

PIERRE. — Vous avez raison, et je n’y vois rien à dire. Mais est-ce que vous ne me donnerez pas le secret des chevaux ?

GERMAIN. — Oh ! celui-là, c’est le Follet qui l’a, et il n’y a pas grand monde qui sache et qui ose faire venir le Follet dans son écurie.

PIERRE. — C’est pourtant une belle chance que de l’avoir, car il panse les chevaux, et jamais on ne voit plus belle bête que celle qu’il fait suer à l’écurie et galoper la nuit dans les pacages.

GERMAIN. — Mais il est méchant aux personnes qui le dérangent, et… quand on parle de lui, il n’est pas loin. Assez là-dessus !

PIERRE. — Qu’est-ce que vous avez donc, mon père, que vous tremblez comme ça ? Sentez-vous du froid ?

GERMAIN. — Non, non, rien, allons-nous-en. Nous sommes dans un mauvais endroit ; mais je veux cependant que tu voies ça. Viens là, plus loin, encore plus loin ; laisse ton chapeau, tu le prendras plus tard. Dépêchons-nous. Regarde ce qu’il y avait au-dessus de notre tête pendant que nous causions.

PIERRE. — Je vois quelque chose de rouge qui brille à la lune levante, comme un petit feu. Qu’est-ce que c’est, mon père ?

GERMAIN. — Et ça danse ! vois comme ça danse et comme ça fait voltiger la branche !

PIERRE. — C’est le vent, que je crois !

GERMAIN. — Oh ! oui-dà, le vent ! Il n’a pas besoin du vent pour danser, lui ! Et si c’était son idée, il serait sur nous, rien que le temps de dire : Le voilà !

PIERRE, tremblant. — J’en ai assez. Allons-nous-en, mon