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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/261

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JENNY. — Non, mais je ne dormais pas, je me suis levée pour voir si ce vilain brouillard était fini.

COTTIN. — Ah ! vous voyez ! le soleil se lève bien gaillard et bien gentil.

JENNY. — Mais cela a duré presque jusqu’au jour, cette obscurité ?

COTTIN. — Vous le savez donc mieux que moi, car je dormais bien tranquille. Mais je crois que, pour de vrai, il n’y a pas longtemps que c’est fini, car il y en avait encore tout à l’heure une couche si épaisse sur mes paillis que je ne voyais pas mes artichauts.

JENNY. — C’est dangereux, n’est-ce pas, ce temps-là, pendant la nuit ?

COTTIN. — Oh ! non, ça ne fait pas de mal aux légumes.

JENNY. — Mais les gens qui sont dehors, dans les mauvais chemins, peuvent s’égarer, verser…

COTTIN. — Ah ! ça, par exemple, oui bien ? Ça me fait penser que je suis étonné de ne pas voir mon camarade.

JENNY. — Qui ? monsieur Florence, n’est-ce pas ?

COTTIN. — Oui. Oh ! dame, je l’appelle mon camarade parce qu’il le veut, car il est assez savant pour être mon supérieur ; mais, voyez-vous, ce garçon-là est si humain, si gentil ! Il n’y a pas trois jours que je le connais, et il me semble qu’il y a dix ans.

JENNY. — Eh bien, vous craignez qu’il ne lui soit arrivé malheur ?

COTTIN. — Je ne dis pas ça, mais il a découché et il n’est point encore rentré. Bah ! il se sera amusé ! Le samedi soir c’est assez la coutume, jusqu’au lundi matin.

JENNY. — Vous n’avez pas entendu dire qu’il fût arrivé des accidents, aux environs, pendant cette mauvaise nuit ?

COTTIN. — Non, je n’ai encore vu personne ; mais, tenez nous en parlons, et le voilà !

JENNY. — Ah ! mon Dieu ! déjà ?

FLORENCE. — Déjà ? Vous avez dit déjà, Jenny ?

JENNY. — Ai-je dit cela ? Je ne sais pas de quoi je parlais avec monsieur Cottin.