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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/25

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GERMAIN. — Toutes les maladies. Écoute ! le jour de Noël qui vient, à l’heure de minuit, quand tout le monde sera parti pour la messe, tu entreras dans ton étable ; mais il ne faut pas que personne t’y voie entrer : ça, c’est le plus important ! Une fois entré, tu fermeras toutes les huisseries, tu regarderas bien partout s’il n’y a personne de caché, et puis tu allumeras trois cierges…

PIERRE. — Des gros ? c’est cher !

GERMAIN. — Non ! des petits, c’est aussi bon ! Et alors tu… Écoute !… (Il lui parle bas.) Tu entends bien ? C’est l’heure où les bœufs parlent et disent leurs maladies.

PIERRE. — Oui, mais c’est drôle, ça, mon père ! c’est pas chrétien ; c’est des affaires de païen, c’est de la magie !

GERMAIN. — Eh bien, après ?

PIERRE. — C’est que tous les jours vous me recommandez d’être bon chrétien catholique ?

GERMAIN. Et je te le recommande encore !

PIERRE. — Mais dame ! pourtant, c’est la messe du diable que vous me chantez la !

GERMAIN. — Le diable, je le renie !

PIERRE. — Eh bien alors, comment donc…

GERMAIN. — Écoute ! il y a le bon et le mauvais, il y a le baume et le venin, il y a Dieu et le diable. Dieu, c’est Dieu ! Il est bon, on le prie à l’église ; on lui rend ce qu’on lui doit, c’est la religion ; mais la religion défend de demander à Dieu les biens de la terre. Elle nous permet de faire dire des messes, de baiser des reliques et d’aller en pèlerinage pour la guérison des personnes ; mais elle ne souffre point prier pour les bêtes ni leur faire toucher la châsse des saints. Il y a bien la procession des Rogations pour la bénédiction des terres, mais je m’en suis expliqué avec le curé, et il m’a dit que ce jour-là il ne fallait rien demander à Dieu pour soi tout seul, mais prier pour tout le monde. Or donc l’intérêt des uns n’est pas celui des autres ; car si mon voisin grêle, ça sera ça de moins sur terre, et mon blé, si je le sauve, vaudra le double. Ainsi la religion c’est l’affaire de sauver nos âmes du feu éternel en observant les prières et les