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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/247

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l’adorerais en lui ! Mais il me plaint, et c’est tout. Je vois bien cela, Florence, et comme vous n’avez que cela à me dire, vous faites bien de vous taire.

JACQUES. — Et pourquoi voulez-vous que Florence vous aime ? De quel droit le lui demandez-vous ? et comment osez-vous le lui demander ainsi, vous qui auriez de la réserve, de la crainte, de la pudeur enfin, si vous étiez repentante comme vous prétendez l’être ?

MYRTO. — Mon Dieu ! est-ce que je rougis ? Oui, je sens un feu monter à ma figure comme quand j’avais quinze ans ! Jacques, vous me faites rougir ! Est-ce de l’amour-propre blessé ou de la bonté ? Est-ce du repentir ou de la colère ? Tenez, je ne sais pas, mais je souffre bien ! JACQUES. — Souffrez, Myrto ; pourquoi ne souffririez-vous pas ? Il y a tant de consciences pures qui souffrent affreusement sans l’avoir mérité !

MYRTO. — Ah ! que vous devenez cruel pour moi, vous ! Il est meilleur, lui ! il ne me dit rien.

FLORENCE. — Eh bien, répondez donc à monsieur Jacques, qui vous interroge ; pourquoi voulez-vous que je vous aime ?

MYRTO. — Je n’ose plus vous répondre ! J’allais vous dire que c’est parce que je vous aime, moi ; mais vous me trouvez hardie, et je sens qu’en effet une femme ne doit pas dire cela à un homme qu’elle respecte !

JACQUES. — Quand même vous auriez le droit de le dire, avez-vous celui d’exiger qu’on y croie ? À sa prière, à son exhortation, vous avez renoncé à une mauvaise action, à une détestable vengeance. Vous vouliez perdre une femme qui n’avait d’autre tort envers vous que celui d’être moins perdue que vous. C’était une pensée infâme que vous aviez là, Florence vous l’a ôtée ; remerciez-le de l’avoir voulu, de l’avoir fait, et n’exigez pas que ce soit lui qui vous récompense, quand c’est lui qui vous sauve.

MYRTO. — Vous m’écrasez, vous avez raison ? Mais ce n’est pas ma faute si j’ai renoncé à faire le mal par amour et non par devoir.

JACQUES. — Et qui lui prouvera, à lui, que cet amour ne