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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/188

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Vous me croyez incurable dans ce que vous appelez mes préjugés ?

JACQUES. — Je n’en sais rien ; mais je ne suis pas venu vous voir pour discuter et argumenter. Le prosélytisme est une vertu, mais ce peut être aussi un ridicule. C’est vertu quand cela sert à détruire des erreurs ; c’est ridicule quand cela ne sert qu’à se faire écouter ; et malheureusement, dans le temps où nous vivons, le faux, le sot prosélytisme philosophique et politique est une maladie bien répandue et bien incommode.

DIANE. — Oh ! vous n’en êtes pas atteint, je le vois ! et vous n’avez pas à craindre d’ennuyer avec cela.

JACQUES. — Pardonnez-moi, j’ennuie mes amis, tout comme un autre ; mais c’est parce qu’ils veulent bien le supporter.

DIANE. — J’entends, vous n’accordez la faveur de vos épanchements qu’à vos amis, et je n’en suis pas digne. Eh bien, je veux le devenir, et je sais ce qu’il faut faire pour cela.

JACQUES. — Vraiment ? Quoi, donc madame ?

DIANE. — Il faut ouvrir son cœur franchement, vous prouver qu’on en a un, et qu’il vaut la peine qu’on s’y intéresse.

JACQUES. — Prenez garde, madame ; les confidences ne soulagent pas toujours. Êtes-vous sûre que je vous comprendrai ?

DIANE. — Oui ! Je le vois dans vos yeux qui sont purs comme ceux d’un enfant, et sur votre front qui est ferme et viril sous vos beaux cheveux blancs. Ah ! vous souriez. Vous me croyez coquette ?

JACQUES. — Je sais que vous l’êtes beaucoup ; mais je vous permets de l’être avec moi, je ne vous en ferai pas repentir.

DIANE. — Repentir !… Voilà un mot qui me bouleverse ! Vous ne savez pas le mal qu’il me fait ! Tenez, je veux me confesser à vous, comme dit Jenny. Passons au salon ; Jenny nous y portera le café, et elle seule entrera. Je n’ai