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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/187

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SCÈNE V


Dans la salle à manger du château de Noirac


DIANE, JACQUES.


DIANE. — C’est bien étrange, n’est-ce pas, de vous avoir invité comme cela en tête-à-tête, moi qui ne vous connais pas et qui n’ai aucun titre à votre intérêt ! Que voulez-vous ? je suis une enfant ; malgré toute ma science du monde, je ne sais pas résister à la souffrance, et aujourd’hui je souffrais tant que, par moments, j’avais envie de me jeter par la fenêtre. Vous ne savez pas pourquoi ? Jenny ne vous l’a pas dit ?

JACQUES. — Non, Jenny prétend que c’est l’ennui qui vous exaspère à ce point, et je ne conçois guère que vous ayez compté sur moi pour le dissiper.

DIANE. — Ah ! maintenant vous me croyez plus enfant que je ne suis, il n’y a pas que la gaieté qui m’amuse. Je suis capable de goûter les plaisirs sérieux et de comprendre un langage élevé, exprimant des idées d’un ordre supérieur à celles dont malheureusement je suis forcée de me nourrir à l’habitude. Voyons, monsieur Jacques, vous êtes bien poli, vous avez l’air bien bon, mais vous n’êtes pas expansif avec moi, et il semble que vous ne vouliez rien approfondir.

JACQUES. — Ai-je donc à vous dire quelque chose que vous ne sachiez pas ou que vous n’ayez pas pensé et senti comme moi ?

DIANE. — Mais certainement. Je suis jeune, je n’ai pas beaucoup réfléchi encore, mon instruction n’est pas bien profonde, et vous avez sur moi ces trois supériorités de l’âge, de l’expérience et du savoir.

JACQUES. — Et avec tout cela, je ne vois pas ce que j’ai à dire à une femme du monde catholique et légitimiste.

DIANE. — Ah ! voilà donc le motif de votre répugnance ?