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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/166

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vraiment, je ne sais pas ce que je ne ferais pas pour lui ! Crois-tu qu’il accepterait… Voyons, quoi ? De l’argent l’humilierait peut-être, s’il est fier ! Mais un cadeau de valeur offert délicatement… une bague ! on aime toujours à recevoir une bague de la main d’une femme ! Mon gros diamant ! c’est cela ! Tiens ! ce sera très-drôle de voir, dans mon jardin, un homme qui travaillera avec un diamant de dix mille francs au doigt ; et ça m’amusera de me dire qu’il le tient de moi ! Ça l’amusera aussi, j’en suis sûre, et s’il est discret, avec cela, ma foi, voilà un roman bien pur, bien original, et qui n’a pas encore été fait ! Ouvre mon écrin et donne-moi mon diamant.

JENNY. — Allons, Dieu merci, voilà la gaieté qui vous revient avec l’espérance.

DIANE. — Oui, je crois, j’espère. La figure de ce jeune homme ranime mon courage quand j’y songe. Oh ! il est impossible que la Myrto n’en devienne pas folle ! — Que me donnes-tu là, un rubis ? Où donc as-tu l’esprit ?

JENNY. — Tenez, est-ce cela, madame ? Jamais Florence n’acceptera un pareil bijou.

DIANE. — S’il faut le lui mettre au doigt moi-même, je le lui ferai bien accepter. Voyons, coiffe-moi : je suis tout échevelée.

JENNY. — Oui, oui, il faut vous habiller, madame ; vous faire belle comme si de rien n’était. Rester en désordre comme vous voilà ne vaut rien. Il n’y a rien qui ôte le courage comme de se négliger soi-même.

DIANE. — Tu as bien raison : quand je ne me sens pas habillée et bien arrangée, il me semble que je suis morte… Mets-moi des rubans roses dans les cheveux : le rose porte bonheur.

JENNY. — Et quand vous serez belle, vous dînerez : il faut me promettre cela.

DIANE. — Dîner ! ah ! ne m’y fais pas penser : c’est si triste de dîner seule ! Mon pauvre Gérard était bon à cela, du moins, qu’il me tenait compagnie, et son grand appétit me faisait plaisir à voir.