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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/154

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MARQUIS. — Ah ! voilà Jenny qui m’appelle. Je me sauve. Si elle me savait ici en compagnie d’un gros chien malpropre !…

PYRAME. — Gare le fouet, Marquis ! Ah ! que c’est agréable d’être grand seigneur et de ne pouvoir faire société avec personne de son espèce ! Allons, pauvre esclave, viens faire un tour avec moi, dépêche-toi avant qu’on te voie filer !

MARQUIS. — Où vas-tu ?

PYRAME. — Trouver mon maître, qui déjeune par là-bas.

MARQUIS. — Est-ce qu’on y mange de la viande ?

PYRAME. — Tiens, je crois bien !

MARQUIS. — Ah ! j’y vais. On ne m’en laisse pas manger, et je l’aime tant la viande !

JENNY, courant après Marquis. — Ici, ici, monsieur ! Je vous vois vous sauver ! Fi, que c’est vilain ! Vous vous couchez, à présent ? vous demandez pardon ! Allons, venez voir votre maîtresse qui a du chagrin. Venez l’amuser et lui dire que vous l’aimez bien aussi, vous !

(Elle l’emporte.)

PYRAME, seul. — Est-on malheureux d’être chien de qualité ! Ah ! je vais prendre un bain dans la mare verte, pour me mettre en appétit !




SCÈNE IX


À l’entrée du potager de Noirac


BOURGEOIS et BOURGEOISES de la ville voisine, COTTIN.


MADAME PATURON. — Eh bien, par exemple ! est-ce qu’on ne peut pas se promener aujourd’hui dans le parc, monsieur le jardinier ?

COTTIN. — Attendez, messieurs, mesdames… Je ne sais pas. Madame est arrivée, et je n’ai pas encore reçu ma consigne rapport aux promeneurs étrangers. Vous pouvez toujours regarder mon potager, madame n’y vient jamais.