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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/124

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l’attendrissement… Sois bonne aussi, toi ; baise sa main, et elle t’embrassera.

MYRTO, émue un instant. — Voilà… Je tiens sa main… et elle est froide ! Ah ! elle n’est même pas émue, ta grande dame ! Elle n’a ni peur, ni honte ; ni reconnaissance, ni pitié… c’est un marbre !

DIANE, retirant sa main. — Mademoiselle Myrto, écoutez-moi bien ! À supposer que vous ayez des lettres qui puissent me compromettre, et je doute encore qu’il y ait des hommes du monde assez lâches pour donner nos lettres à des filles…

MYRTO. — Il y en a apparemment, car j’ai les vôtres. Je les ai ici, je le prouverai !

DIANE. — C’est bien, je m’y attends, et ne vous en empêcherai par aucun moyen. Je sais aussi qu’il y a des femmes du monde assez lâches pour subir vos conditions et pour vous racheter, à tout prix, ces preuves de leur faiblesse. Je ne suis pas de ces femmes-là. Tout ce qui est poltron me répugne. C’est un malheur, sans doute, que de voir des lettres intimes passer de main en main et subir l’outrage des plus grossiers commentaires ; mais si le monde est vil et méchant, c’est une raison de plus pour lever la tête, pour accepter avec dédain ses outrages et pour se consoler avec sa propre estime. Or je perdrais la mienne en m’abaissant à vous implorer. Gardez votre vengeance, je veux garder mon mépris. Sortez !

MYRTO. — Allons ! vous l’avez voulu, ma belle ! Tant pis pour vous ! Adieu, Jenny !

JENNY. — Non, tu ne feras pas une pareille chose ! Tu y renonceras ! Je te suis.

DIANE. — Restez, Jenny ; je vous l’ordonne !

(Myrto sort.)

JENNY. — Madame, madame ! ne me retenez pas ; je suis sûre…

DIANE. — Reste, te dis-je. Je suis calme. Ces lettres me tueront, mais ne m’aviliront pas.

JENNY. — Mon Dieu, comme vous êtes pâle !…