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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/123

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Mireville, je vous en réponds ! et il dira partout que c’est lui qui ne vous a pas trouvée digne de porter son nom. Ce sera assez humiliant pour une femme d’esprit comme vous, d’avoir été plantée là par un homme si simple ! Adieu, je vous avertis que vous avez vu hier le marquis pour la dernière fois, et qu’il sera à Paris demain, racontant à deux cents personnes pour quelles raisons il vous laisse seule dans vos terres !

JENNY. — Céline, vous mentez… vous ne pouvez pas…

MYRTO. — Tu m’ennuies, tais-toi, soubrette ! — Madame de Noirac, avez-vous écrit beaucoup de lettres à monsieur de Vaudraye ? Vingt-quatre, je crois ! Elles sont dans mes mains, ainsi que celles dont vous avez gratifié Ernest de Guerbois. Demain, tout Paris les lira, à moins que vous ne fassiez ici amende honorable du petit mot de tout à l’heure, et que vous ne me disiez… sans sourire et sans pincer les lèvres… en me tendant la main et d’un air enfin qui satisfasse mon amour-propre : Vous êtes bonne, Myrto, et je vous remercie.

DIANE. — Vous êtes folle !

JENNY. — Oui, tu es folle…

MYRTO. — Certainement, je suis folle ! car, à ma place, il y en a qui diraient : Mille francs par lettre, ma belle dame ! il y en a, en tout, trente-huit ; ça fait trente-huit mille francs. Moi, je méprise l’argent ; j’en ai assez pour le quart d’heure, et, d’ailleurs, je trouve ça lâche de vendre la vengeance. Je veux humilier et non dépouiller. Humiliez-vous, comtesse ! Allons, courbe la tête, fière sycophante, et après ça, tu verras que Myrto est de parole ! Les lettres vous seront rendues gratis.

JENNY. — Ah ! madame ! si ces lettres sont fâcheuses pour vous, prêtez-vous à son caprice. Elle est folle, mais elle n’est pas méprisable, voyez ! un peu de bonté, et vous aurez son cœur. Eh ! mon Dieu ! le cœur d’une pauvre fille perdue peut être bon encore ! N’est-ce pas, Céline ? Il y reste toujours quelque chose de ce que Dieu y avait mis, et je suis sûre qu’il y a des moments où la reconnaissance et