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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/113

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teur ! pourquoi n’as-tu pas souvent une miette microscopique du bon sens d’un homme comme Jacques ?

DAMIEN. — Bah ! un homme comme Jacques a peut-être, lorsqu’il était jeune, mis toute sa cervelle en miettes pour une femme comme ça !

MAURICE. — J’en doute.

EUGÈNE. — Qui sait ?

DAMIEN. — Voyons, sommes-nous amoureux ?

MAURICE. — Non.

EUGÈNE. — Non.

DAMIEN. — Non.

MAURICE. — Alors, chorus ! et rentrons au salon enchantant la Marseillaise !




SCÈNE XVI


BATAILLON DE GRUES DANS LES AIRS.

Déroute ! déroute ! Attention ! qui va là ? C’est toi ? où sont les autres ? Quel temps de détresse ! La nue est trouble, l’air est lourd, la terre semble vouloir écorcher nos ailes, et le vent est de plomb. Déroute ! déroute !

— Courage ! courage ! j’ai retrouvé le courant aérien. Qu’on me suive ! qu’on me suive ! Le firmament s’étoile par là-bas. Ne vous séparez point. Où sont les femelles ? où sont les enfants ? Venez, venez !

— Ciel ! ciel ! Étoiles ! étoiles ! Nous voilà tous, personne ne manque ? Tournez, tournez, tournez en rond, qu’on voie toute la bande ! Resserrez la spirale et montez, montez ! Le vent est lourd, mais nos ailes sont fortes. La nuit est sombre, mais notre œil est perçant. Fendons, cinglons, volons, hâtons-nous vers les étoiles, et que nos voix aiguës laissent planer un dernier cri de détresse sur la terre qui s’éloigne !