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Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/109

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MYRTO. — C’est là monsieur Maurice Arnaud ? J’ai un service à vous demander. Restez, messieurs, ce n’est pas un secret !

MAURICE. — Vous êtes mal ici, madame. L’odeur d’un dîner… il est vrai qu’au salon, je crains qu’on n’ait déjà fumé.

MYRTO. — Vous avez du monde au salon ? Eh bien, restons ici. C’est l’affaire d’un instant.

MAURICE. — Nous sommes à vos ordres.

MYRTO. — Je suis la comtesse de Myrto ; vous ne me connaissez pas.

MAURICE, — Nous ne sommes pas des gens du grand monde, madame ; nous n’avons pas même l’honneur de vous connaître de nom.

MYRTO. — Peu importe ! Je suis parente du marquis de Mireville que vous connaissez ?

MAURICE. — Oui, madame, un peu.

MYRTO. — Je suis venue avec l’intention d’acheter une propriété dans ce pays-ci… Je sais que la vôtre n’est pas à vendre. D’ailleurs, elle ne serait pas assez considérable pour moi. Mais, comme la décence ne me permet pas de loger à Mireville, et que c’est de ce côté-ci que je veux examiner, je suis venue sur un cheval et avec un laquais à Gérard, pour demeurer ici provisoirement.

MAURICE. — Ici, madame ? Comment donc…

MYRTO, étouffant de rire. — Oh ! monsieur ! dans votre village !

DAMIEN. — Mais c’est un village de paysans ; il n’y a pas d’hôtel, pas d’auberge convenable pour vous.

MYRTO. — Je le sais. Je me suis informée en chemin : mais on m’a dit qu’il y avait trois ou quatre petites maisons habitables dans l’endroit, parce qu’il est joli et qu’il y vient quelquefois des promeneurs, des étrangers, des malades. Tenez ! je suis au courant de tout. Il y a la maison du monsieur Jacques qui touche au parc de Noirac, une belle propriété ! La comtesse est de mes amies.

MAURICE. — Eh bien, madame, pourquoi n’allez-vous pas chez elle ?